Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

viktor orban

  • Un mauvais bilan des « chefs patriotes » en Europe ?...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Romain Sens, cueilli sur le site de la revue Éléments et consacré au bilan des dirigeants "patriotes " en Europe. Même si on peut trouver le jugement de l'auteur sévère sur  certains points, il n'en soulève pas moins de vraies questions...

    Meloni-Morawiecki-Orban.jpg

    Le mauvais bilan des « chefs patriotes » en Europe

    Une puissante vague patriote est en train de se lever partout en Europe. Même dans des pays depuis longtemps gouvernés par la gauche — Portugal, Suède, Danemark —, les mouvements patriotes sont en hausse constante. En Autriche, en Allemagne, aux Pays-Bas, en France et même au Royaume-Uni, les patriotes, en constante progression, peuvent espérer arriver au pouvoir demain. Arriver au pouvoir, mais pour faire quoi ?

    Dans trois pays importants d’Europe, la Pologne, la Hongrie et l’Italie, les patriotes ont pendant plusieurs années été portés au pouvoir et ont disposé d’une majorité suffisante pour agir. En Italie, ils y sont toujours.

    Pologne : immigration et armement américain

    En Pologne, le gouvernement de Mateusz Morawiecki, dirigeant du parti PiS (Droit et Justice), est arrivé au pouvoir en 2015 avec un discours très conservateur, se voulant protecteur de la famille, de la religion chrétienne et de l’identité polonaise. Il se déclarait également très préoccupé par l’immigration, présentant la situation française comme un repoussoir. Or c’est le gouvernement patriote qui a commencé à ouvrir la Pologne à l’immigration extra-européenne de travail, dans un contexte de croissance économique. La Pologne a notamment fait appel à des immigrés asiatiques (souvent des Vietnamiens) pour occuper des postes à responsabilité, dans l’informatique principalement.

    Alors que tant de Polonais avaient émigré en Europe de l’Ouest au XXe siècle et depuis le début des années 2000, voici la Pologne florissante « contrainte » d’accueillir une immigration extra-européenne pour des salaires moyens de 2 000 euros permettant de jouir d’un haut niveau de vie en Pologne.

    Sur le plan international, la Pologne a réagi de la meilleure façon qui soit face à l’invasion russe de l’Ukraine en 2022. En accueillant sur son sol des millions de réfugiés ukrainiens, cette situation a évidemment fait l’objet de tensions certaines entre ces deux populations.

    S’opposant frontalement à Vladimir Poutine, la Pologne a aidé l’Ukraine en lui livrant un grand nombre de matériels militaires (notamment son stock d’armes soviétiques) mais a également adopté une posture défensive très réactive. L’armée polonaise est actuellement en passe de devenir l’une des plus puissantes armées européennes.

    Cependant, ce réarmement s’est fait au profit de deux acteurs majeurs de l’économie militaire, bien loin d’être européens : les États-Unis d’Amérique et la Corée du Sud. La Pologne a en effet acquis 180 chars sud-coréens K2 (de très bonne qualité) ainsi que des canons et lance-missiles du même pays et un très grand nombre de matériels de pointe américains (lance-missiles HIMARS, chars Abrams, hélicoptères Apaches, chasseurs F-35).

    Autrement dit, la Pologne n’a mené aucun effort de défense européen. Elle reste l’un des meilleurs acteurs de l’OTAN dans une vassalisation totale vis-à-vis de Washington, sans la moindre initiative politique européenne.

     Mateusz Morawiecki a été battu en 2023 et remplacé au pouvoir par le pro-européen Donald Tusk.

    Hongrie : immigration et russophilie

    En Hongrie, Viktor Orbán, dans sa jeunesse fougueux opposant au gouvernement communiste hongrois, a connu plusieurs périodes au pouvoir, de 1998 à 2002 puis de 2010 à 2026.

    En tant que Premier ministre avec la capacité (pleinement utilisée) de modifier la Constitution, il a eu tous les pouvoirs de mettre en œuvre son programme. Comme en Pologne, malgré les discours martiaux hostiles à l’immigration extra-européenne illégale, il a lui aussi mis en œuvre des filières d’immigration extra-européenne de travail légales, pour accueillir des travailleurs africains ou moyen-orientaux afin que ceux-ci occupent les postes que les Hongrois ne souhaitaient plus occuper en raison du très faible niveau des salaires. Et ce, moyennant l’obtention de la nationalité hongroise.

    En plus de cette politique migratoire allant à l’encontre de ses discours (et c’est d’ailleurs sur cette question qu’il a été attaqué par son opposant Péter Magyar durant la campagne présidentielle), son positionnement face à la guerre en Ukraine s’est révélé des plus problématiques. Prenant systématiquement le parti de Vladimir Poutine, « au nom de la paix », il s’est constamment opposé à l’Ukraine et à son président, parfois de façon insensée. Durant sa dernière campagne électorale, il est allé jusqu’à agiter la menace que l’Ukraine ferait peser sur la Hongrie(!). Son blocage systématique des systèmes de soutien européen à l’Ukraine a considérablement ralenti l’aide européenne à cette dernière.

    Viktor Orbán vient d’être battu aux derniers élections législatives hongroises le 12 avril 2026 par Péter Magyar qui prône, lui, une politique pro-européenne, hostile à la guerre que mène Vladimir Poutine en Ukraine.

    Italie : des promesses non tenues

    En Italie, l’accession de Giorgia Meloni au pouvoir en 2023 a suscité un grand espoir en Europe. Inflexible face à Vladimir Poutine sur l’Ukraine, recalant Donald Trump lorsque ses critiques sur les États européens vont trop loin, favorable à une conception civilisationnelle de l’Europe, Giorgia Meloni n’a laissé personne indifférent.

    Il faut le dire nettement : Meloni a profondément déçu.

    Alors qu’elle en appelait à un blocus militaire naval pour empêcher les embarcations clandestines d’aborder les côtes italiennes, elle a immédiatement baissé pavillon sans même combattre. Depuis son arrivée au pouvoir, l’immigration a augmenté de 10 %. En 2024, le pays a accueilli plus de 450 000 personnes.

    Tout en permettant à l’immigration extra-européenne légale de se poursuivre dans la péninsule, elle a également permis à nombre de travailleurs immigrés d’obtenir les visas nécessaires pour résider en Italie « temporairement » afin d’effectuer les tâches manuelles difficiles et mal payées dont a besoin l’économie italienne (dans la récolte des fruits notamment).

    Le gouvernement italien a fixé à 500 000 le nombre de quotas d’entrée pour les travailleurs extra-européens sur la période 2026-2028, qui pourront obtenir un permis de séjour après avoir trouvé un emploi.

    Au lieu d’arrêter l’immigration extra-européenne, elle lui a permis de se poursuivre et de s’amplifier. Au lieu d’augmenter les salaires et d’avancer vers la robotisation de l’économie, elle a très exactement poursuivi les méthodes de tous les dirigeants européens depuis plus d’un demi-siècle : priorité à l’économie libérale mondialisée au détriment de l’identité italienne, capitalisme oblige.

    Les grandes villes d’Italie, Rome et Milan en particulier, continuent d’être submergées par l’immigration extra-européenne, avec les mêmes conséquences que partout ailleurs en Europe de l’Ouest.

    À Modène, en mai 2026, un Italien d’origine marocaine a lancé sa voiture sur la foule, blessant grièvement plusieurs personnes, dont une femme qui a eu les deux jambes sectionnées. L’individu a déclaré qu’il avait été victime de racisme. Mêmes causes, mêmes effets.

    Meloni ne fait pas ce qu’il faut. Opposée à juste titre aux agissements des magistrats visant, en Italie comme ailleurs, à établir un gouvernement des juges, Meloni vient de provoquer un référendum sur la réforme de la Justice.

    La question migratoire était l’un des principaux enjeux. En Italie comme ailleurs, les juges entendent s’opposer aux politiques de durcissement en matière migratoire. On se souvient de l’épisode de 2019 où les juges avaient empêché Matteo Salvini de bloquer le bateau Open Arms débarquant des migrants clandestins sur les côtes italiennes. Même si Salvini a fini par être acquitté en 2025, la justice italienne a réussi à décourager les tentatives de durcissement.

    Dans le débat précédant le référendum, Meloni n’a pas su tenir le bon discours. Elle a tenté de se défendre contre les accusations de dérive autoritaire, se plaçant ainsi sur le terrain choisi par la gauche. Alors qu’il aurait fallu dramatiser l’enjeu et mettre les électeurs devant leurs responsabilités. Et c’est l’échec de la tentative…

    Si Giorgia Meloni s’est impeccablement tenue aux côtés des Ukrainiens (dans les mots du moins), force est de constater qu’en matière internationale elle reste davantage dans la posture que dans l’initiative politique concrète. Certes elle tient tête face à la grossièreté de Donald Trump mais la sixième flotte américaine n’en règne pas moins sur la baie de Naples et est la véritable maîtresse de l’Italie. Giorgia Meloni fustige « l’Europe du marché » en exhortant l’Union européenne à devenir une véritable puissance. Mais quels actes politiques et géopolitiques concrets suivent derrière ? Jusqu’à présent, aucun. L’Europe comme l’Italie ont besoin de plus que de simples mots.

    À l’approche des élections italiennes prévues en 2027, Roberto Vannacci, ancien général, eurodéputé puis fondateur du parti Futuro Nazionale s’oppose d’ores et déjà à Meloni et Salvini dont il dénonce la tiédeur en prônant une rupture radicale et une politique de remigration.

    Rompre avec le mondialisme libéral et construire une Europe civilisationnelle

    En Pologne, en Hongrie et en Italie, des gouvernants se présentant comme patriotes ont été élus et ont eu les pouvoirs d’agir. Dans tous les cas, ils ont déçu. Dans tous les cas, ils n’ont pas fait ce qu’il fallait faire. Arrêter l’immigration extra-européenne et mettre en œuvre l’inversion des flux migratoires. Se tenir fermement aux côtés de l’Ukraine envahie par l’agression russe tout en refusant la poursuite de la vassalisation américaine.

    Face à l’Europe de Bruxelles, être capable de proposer des initiatives concrètes pour construire une Europe civilisationnelle.

    En France, en Allemagne, en Autriche, aux Pays-Bas et dans nombre d’autres pays européens, les patriotes peuvent espérer accéder prochainement au pouvoir. Mais les exemples de l’Italie, de la Pologne et de la Hongrie montrent qu’il ne suffit pas d’arriver au pouvoir pour répondre aux attentes des peuples.

    Si les chefs patriotes accèdent au pouvoir pour finalement fuir les risques et les tensions en se contentant de mettre leurs pas dans ceux des mondialistes et des immigrationnistes, ils mériteront le jugement que portera l’Histoire sur tous les dirigeants européens depuis soixante ans : des médiocres et, au final, des traîtres.

    Romain Sens (Site de la revue Éléments, 13 juillet 2026)

    Lien permanent Catégories : Points de vue 0 commentaire Pin it!
  • Feu sur la désinformation... (557) : Trump, entre messianisme, folie et communication ?...

    Vous pouvez découvrir ci-dessous un nouveau numéro de l'émission I-Média sur TV libertés consacrée au décryptage des médias et animée par Jean-Yves Le Gallou et Floriane Jeannin.

     

                                         

    Au sommaire :

    L’image de la semaine : Trump, le pape et Dieu

    Donald Trump renoue une fois encore avec la communication outrageante en s’attaquant au pape cette fois-ci. Une stratégie de communication qui ne séduit guère sa base électorale et qui interroge dans les médias : Donald Trump est-il devenu fou ?

    Le dossier du jour : Les audiences des radios

    Malgré des articles tapageurs, à part sur Radio Nova en plein boum, rien ne bouge véritablement. Mais dans le détail, certaines matinales progressent plus qu’on ne voudrait nous le faire croire, à l’instar d’Europe 1.

    Les pastilles de l’info :

    • Institut Iliade : le colloque de la nouvelle droite, un succès européen.
    • Périscolaire parisien : violences sexuelles, silence coupable et gestion municipale à côté de la plaque.
    • Les armoiries de Rouen profanées : fleur de lys remplacée par un croissant, l’agneau décapité et la croix cassée…
    • Quand le patrimoine chrétien devient une cible.
    • Hongrie : défaite électorale d’Orban, revers pour les souverainistes.
    • Libération tire sur la direction de Nova et des Inrocks. En cause : la compagne de Mathieu Pigasse !, trump
    • Réseaux sociaux sous contrôle : la Commission européenne compare la future régulation au pass sanitaire

    Portrait piquant : Denis Olivennes, médias, pouvoir et argent.

    Lien permanent Catégories : Décryptage, Manipulation et influence, Multimédia 0 commentaire Pin it!
  • Chute d’Orbán : la fin du dernier bastion conservateur en Europe ?...

    Vous pouvez découvrir ci-dessous la chronique de David Engels sur Ligne droite, la matinale de Radio Courtoisie, datée du 13 avril 2026 et consacrée à la défaite de Viktor Orban...

    Historien, essayiste, enseignant chercheur à l'Instytut Zachodni à Poznan, à l'Institut Catholique de Vendée ainsi qu'au Mathias Corvinus Collegium de Bruxelles, David Engels est l'auteur de trois essais traduits en français, Le Déclin - La crise de l'Union européenne et la chute de la République romaine (Toucan, 2013), Que faire ? - Vivre avec le déclin de l'Europe (La Nouvelle Librairie, 2024), Défendre l'Europe civilisationnelle - Petit traité d'hespérialisme (Salvator, 2024) et, dernièrement, d'un roman, Le retour du roi (Le Verbe-Haut, 2026). Il a  également dirigé deux ouvrages collectifs, Renovatio Europae - Plaidoyer pour un renouveau hespérialiste de l'Europe (Cerf, 2020) et Aurë entuluva! (Renovamen-Verlag, 2023), en allemand, consacré à l’œuvre de Tolkien.

     

                                           

    Lien permanent Catégories : Multimédia, Points de vue 0 commentaire Pin it!
  • UE : Orban veut relancer la fronde...

    Le 10 juin 2025, dans son émission sur TV Libertés, Chocs  du monde, Edouard Chanot recevait Thibaud Gibelin, chercheur au Mathias Corvinus Collegium de Budapest, pour évoquer la volonté de Viktor Orban d'organiser une union des États souverains pour renverser l’ordre établi au sein de l’UE...

     

                                              

    Lien permanent Catégories : Entretiens, Géopolitique, Multimédia 0 commentaire Pin it!
  • Orban, entre Zelensky et Poutine...

    Pour son émission sur TV Libertés, Chocs  du monde, Edouard Chanot reçoit Thibaud Gibelin, chercheur au Mathias Corvinus Collegium de Budapest, pour évoquer la géostratégie exemplaire mise en œuvre par le premier ministre hongrois, qui prouve qu'un État, même enclavé, peut s’en sortir dans un monde en crise permanente...

     

                                               

    Lien permanent Catégories : Géopolitique, Multimédia 0 commentaire Pin it!
  • Comment peut-on être Hongrois ?...

    Nous reproduisons ci-dessous un point de vue de Ghislain de Castelbajac cueilli sur Geopragma et consacré à la position originale et indépendante de la Hongrie...

    Membre fondateur de Geopragma , Ghislain de Castelbajac est spécialiste des questions d'intelligence économique et enseigne à l’École de Guerre Economique.

     

    Széchenyi_échecs.jpg

    Comment peut-on être Hongrois ?

    Jouer aux échecs à Szechenyi, les jambes trempées dans un bouillon d’eau chaude, le reste du corps porté par les vents glaciaux d’un « Moscou express » hivernal sans pitié, et porter son flegme plus britannique qu’un lord victorien : le pragmatisme magyar semble faire fi des vicissitudes d’un pays qui a perdu 70% de sa superficie au traité de Trianon, fut occupé par l’armée rouge durant 45 ans, et avant par les turcs durant 150 ans.

    Le rôle de ce petit pays de 10 millions d’habitants intra-muros, auxquels il faut ajouter 5 millions de magyars dispersés en Slovaquie, Roumanie, Slovénie, Serbie, Croatie et Ukraine constitue un contre-exemple flagrant de l’application du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes institué parfois avec hypocrisie par des puissances au mieux cyniques, au pire ignorantes de l’Histoire.

    Composée principalement d’une plaine pannonienne qui n’est pas sans rappeler les vastes étendus pontiques du sud de l’Ukraine, la Hongrie n’en finit pas d’étonner / d’affoler les capitales européennes qui ne savent prendre le train de l’Histoire.

    L’arrivée au pouvoir du parti FIDESZ en 2010, le parti du premier ministre actuel Viktor Orbán établit pour la Hongrie sa seconde révolution après la chute du communisme en 1989. Sa constitution adoptée en 2012 tranche avec celle héritée de l’immédiate après-guerre. Cette loi fondamentale traite en préambule de son engagement envers les Hongrois vivant à l’étranger, en affirmant que ces derniers sont des membres à part entière de la société hongroise, leur assurant protection linguistique, culturelle, et garantit que les Magyars de l’étranger ont le droit de retourner en leur mère-patrie à tout moment.

    Il convient de rappeler que tous les voisins de la Hongrie qui possèdent des minorités magyares sur leurs territoires leurs accordent des droits équivalents à ceux des autres citoyens, à l’exception de Kiev, qui a interdit l’usage de la langue hongroise dans la région transcarpatique, annexée par la R.A. Ukraine, composante de l’URSS, en 1945.

    Il est fondamental de lire la politique étrangère actuelle de la Hongrie à l’aune des nombreux articles constitutionnels de ce pays qui traitent les Magyars de l’étranger (határontúli magyarok) :

    Profitant de l’intermède estival post électoral au parlement européen qui coïncide avec la présidence tournante de Budapest au conseil de l’Union Européenne, Viktor Orbán fait feu de tout bois pour tenter un activisme qui sort les belligérants prota et deutéragonistes du sanglant conflit ukrainien de leur torpeur.

    Après une visite à Kiev le 2 juillet dernier pour une rencontre directe avec Volodymir Zelensky, Orbán s’est envolé pour Moscou, où il a rencontré Vladimir Poutine. Il a aussi été reçu le 8 juillet par Xi Jinping à Beijing.

    Le plan Orbán consiste principalement à valider auprès des forces en présence le principe d’un cessez-le-feu à durée limitée, qui permettrait la mise en place d’un accord de paix le moins inéquitable possible. Pour autant, il demeure assez réaliste et vise en préambule un état des lieux des volontés des belligérants qui, selon ses entretiens croisés avec MM. Zelensky et Poutine, n’avaient pas l’intention de stopper les combats.

    Le premier ministre hongrois dresse également un « audit » de la situation internationale en 2024 qui a vu les Européens voter sans qu’aucune voie commune pour un plan de paix concret ne sorte de la campagne électorale ni des urnes. Il admet également que la campagne électorale américaine en cours sera principalement dirigée vers les affaires domestiques, et que l’aide américaine à l’Ukraine tendra à baisser, ce qui par effet de balancier fera porter plus de poids aux européens pour soutenir Kiev.

    D’un constat réaliste et loin de l’idéologie et des caricatures d’une certaine presse, Viktor Orbàn prend acte des impasses actuelles, y compris de l’échec des discussions de Bürgenstock qui furent boudées par Moscou car l’Ukraine mettait en préalable l’évacuation de la Russie des oblasts qu’elle a annexé.

    L’idée d’un cessez-le-feu intégral et limité durant la tenue de réelles négociations de paix devrait être la norme pour tout conflit sanglant, telles que celles portées par le pape Benoit XV et l’officier belge Sixte de Bourbon-Parme, beau-frère de l’empereur d’Autriche-Hongrie, durant la première guerre mondiale.

    L’on pourra éternellement maugréer de l’injustice de valider une annexion par la force (Zaporija, Mariupol) ou par la ruse (Crimée, Donetsk, Luhansk) par la Russie, en échange de préserver le peu de vies humaines qui demeurent valides en Ukraine, dans la perspective d’une paix des braves.

    Il est aisé, du haut de notre confort d’une nation française repue dans ses confortables frontières, de critiquer l’initiative hongroise de tenter d’arracher un cessez-le-feu en Ukraine, mais n’oublions pas les efforts de Budapest d’avoir établi des relations apaisées avec ses voisins depuis la signature des accords du Pacte de Stabilité sur les frontières en Europe de mars 1995 qui permit à la Hongrie de faire le deuil de ses frontières récentes, tout en conservant et renforçant le lien avec les Magyars de l’étranger.

    Les relations très tendues que la Hongrie entretenait avec la Slovaquie avant la signature de ce Pacte sont un contraste avec la complicité actuelle entre les deux premiers ministres nationalistes Orbàn et Fico.

    En nommant ambassadeur de Hongrie à Paris Georges de Habsbourg-Lorraine, fils d’Otto et petit-fils de Charles, dernier empereur d’Autriche-Hongrie et son cousin Éduard, ambassadeur près le Saint-Siège, le gouvernement hongrois montre bien aux européens les plus avertis que Budapest et l’ensemble des Magyars ont une parole bien particulière à apporter dans la construction d’une Europe durable, apaisée, et n’ayant rien à prouver en terme de « vivre ensemble » des peuples qui composent notre continent, ni en résistance face à l’occupation soviétique.

    Sur le plan géopolitique, Budapest  tente également de se placer en clef-de-voûte centrale de l’édifice otano-européen qui rééquilibrerait le centre de gravité face à la nomination de l’estonienne Mme Kaja Kallas à la tête de la diplomatie européenne, qui concentre tous ses efforts à une confrontation frontale avec Moscou, et aussi à Mme Meloni à Rome qui souhaite recentrer la cause des européens vers la Méditerranée avec la lutte contre les trafics humains migratoires qui font de plus en plus de victimes des passeurs, et des ONG financées par des idéologues.  

    Loin des clichés vendus à l’opinion publique contre la Hongrie par des groupes aux visées souvent peu avouables dans la perpétuation sans fin d’un conflit sanglant, nous pourrions aussi rappeler leur double standard alors que nous nous souvenons qu’il y a tout juste cinquante ans, la Turquie envahissait la république de Chypre, un État aujourd’hui membre de l’UE, qui reste toujours occupé par une armée étrangère, sans que cela n’émeuve les caciques de nos grandes capitales si éprises de bien-pensance.

    Ghislain de Castelbajac (Geopragma, 28 juillet 2024)

    Lien permanent Catégories : Géopolitique, Points de vue 0 commentaire Pin it!